LES MOUVEMENTS DE CAMÉRA 

Les mouvements de caméra sont propres au cinéma, contrairement au cadre, la composition ou encore l’échelle des plans qui sont des techniques empruntés à la peinture ou à la photographie.

Les mouvements de caméra étant un atout unique pour les réalisateurs, il est très rare de voir un film composé uniquement de plans fixes. C’est au réalisateur de savoir quand est-ce qu’il choisira d’utiliser un mouvement de caméra plutôt qu’un autre ou plutôt qu’un plan fixe. Pour un dialogue, les plans fixes sont ce qui se fait de plus courant, mais de nombreuses, et parfois magnifiques exceptions à la règle existent. En revanche, pour une course poursuite, il pourra être judicieux d’utiliser plusieurs mouvements de caméra différents.

 

Pour aller plus loin, voici en détail les 4 principaux mouvements de caméra qu’il faut connaître :

PLAN SÉQUENCE

Généralement, un film comprend plusieurs centaines de plans, voir des milliers pour certains films d’action hollywoodiens récents. Le plan séquence, très apprécié des grands cinéastes, va un peu à l’encontre de la tendance puisqu’il consiste en une scène filmée en un seul plan, sans coupure.

Le plan est un morceau du film entre deux raccords. Une séquence est un passage, une scène d’un film se situant dans un seul et même lieu et reposant sur une action ou un dialogue principal. Un plan-séquence est donc une séquence composée d’un seul et unique plan, restitué tel qu’il a été filmé, sans aucun montage, plan de coupe, fondu ou champ-contrechamp.

Concrètement, réaliser un plan-séquence suppose que la caméra filme en continu durant le tournage de l’ensemble de la séquence. Dans le cas d’un dialogue, il n’y aura pas de champ-contrechamp pour dynamiser la séquence. Le réalisateur pourra choisir un plan fixe ou faire tourner sa caméra autour des personnages concernés par le dialogue afin de maintenir une certaine dynamique.

Le plan-séquence est l’une des techniques les plus difficiles à maitriser pour un réalisateur. Tout doit être préparé à l’avance ; les mouvements de caméra et des acteurs mais aussi des techniciens afin d’éviter que la perche son, ou une ombre non souhaitée apparaissent à l’écran. La moindre petite erreur oblige à recommencer le tournage de cette séquence depuis le début.

La durée d’un plan séquence est variable, mais les contraintes citées plus haut font des longs plans-séquences des prouesses filmiques extrêmement reconnues par les cinéphiles.

 Le premier intérêt qui vient à l’esprit pour le plan-séquence est qu’il rend la scène plus réaliste que si elle était composée de nombreux plans. L’impact sur le spectateur est souvent bien supérieur lorsque l’on utilise la technique du plan séquence.

Les plans séquences les plus appréciés sont ceux qui durent plusieurs minutes, qui suivent les personnages ou l’action sur une distance significative en s’affranchissant des contraintes spatiales. L’immersion est totale durant ses séquences ou on ressent vraiment la difficulté que peut rencontrer le personnage lors de son déplacement.

Le plan séquence permet également de jouer sur le rythme. On peut ainsi créer une atmosphère particulière. Accompagnés d’une musique douce, des mouvements lents de caméra créeront une ambiance légère. Enfin, le plan séquence peut mettre en avant la performance physique d’un comédien pratiquant lui-même une cascade ou pour une scène de danse.

PLAN FIXE

Comme son nom l’indique, il n’y a pas de mouvement à proprement parler ici, mais l’absence de mouvement peut et doit être considérée comme un mouvement en soi par tout réalisateur. L’immobilisme de la caméra, comme tout mouvement, créé des sensations qui lui sont propres et il est donc essentiel de les maîtriser.

 

Le plan fixe est tourné à l’aide d’une caméra généralement fixée à un trépied pour rester immobile. Le décor ne change pas, seuls les déplacements des personnages à l’intérieur du cadre créeront du mouvement et détermineront la dynamique de l’image. Si le plan fixe est utilisé pour une longue séquence, la caméra ne bougeant pas, le spectateur ne se sent pas forcément intégré à l’action. Une certaine distance s’installe alors entre lui et les personnages.

 

La juxtaposition de plusieurs plans fixes permet également d’exprimer de façon assez claire un changement. Le spectateur verra facilement si quelque chose est différent entre deux plans fixes qui se suivent.

PANORAMIQUE

Le panoramique consiste en un mouvement, une rotation de la caméra sur sa position. En gros, on change progressivement l’angle de prise de vue, sans que la caméra ne bouge. Il s’effectue généralement à l’aide d’un trépied, sur lequel la caméra sera fixée, même si certains panoramiques sont réalisés en caméra portée. Le panoramique peut être horizontal, suivant un mouvement de droite à gauche (et inversement) ou vertical, suivant un mouvement de haut en bas (et inversement).

 Le panoramique est généralement plus simple à réaliser que les autres mouvements dans le sens où la caméra reste sur sa position. Elle effectue simplement un mouvement de rotation pour donner une vision globale d’un lieu qui n’entre pas dans le cadre fixe de la caméra, comme un paysage ou un intérieur d’assez grande taille, ou simplement révéler un personnage ou un objet jusqu’alors hors du cadre. Il est aussi utilisé pour suivre un personnage ou un véhicule se déplaçant généralement lentement dans le décor. Un panoramique vertical servira plus fréquemment à montrer l’intégralité d’un bâtiment élevé, mais l’utiliser pour montrer un personnage, de bas en haut,  progressivement, peut avoir une valeur dramaturgique très forte, en instaurant une certaine tension chez le spectateur.

Le panoramique est généralement le plus fluide possible, sans arrêt brutal ou changement de rythme en cours de mouvement.

LE TRAVELLING

Au théâtre,  l’environnement et le cadre sont fixes, le spectateur ne voit l’action que d’un seul point de vue, global et extérieur. Au cinéma, le travelling permet aux réalisateurs de déplacer la caméra dans l’espace afin d’obtenir différents points de vues.

 Le travelling est un déplacement réel de la caméra durant la prise de vue qui amène à un changement de point de vue physique. La caméra se rapproche ou s’éloigne d’un sujet donné. Il existe différents types de travelling. En revanche, l’utilisation du zoom ne nécessitant pas de mouvement de la caméra, il ne s’agit pas d’un travelling.

 

LE TRAVELLING HORIZONTAL OU LATERAL

Le travelling horizontal suit un sujet, une voiture ou un personnage, qui est au cœur de la séquence. Le mouvement de la caméra suit généralement le même rythme que le sujet. Cela donne du dynamisme à la scène et permet au spectateur d’adopter le rythme du sujet de la scène.

Dans un mouvement généralement effectué de gauche à droite, le caméra accompagne donc une action dans un décor qui se dévoile ou qui change progressivement aux yeux du spectateur.

Le travelling horizontal est très souvent utilisé pour montrer le ou les personnages principaux d’une séquence ou d’un film.

 

LE TRAVELLING VERTICAL

Le travelling vertical consiste à un mouvement qui fait descendre ou monter la caméra vers un sujet ou une action. On parle de travelling vertical haut lorsque la caméra s’élève au dessus du sujet filmé. On parle de travelling vertical bas lorsque la caméra descend par rapport au sujet filmé.

Le travelling vertical est très souvent utilisé en introduction d’une séquence, pour révéler progressivement le lieu et l’action. Il est également souvent employé pour montrer une information importante, comme le nom d’un personne sur une pierre tombale.

 

LE TRAVELLING AVANT

Avec un travelling avant, la caméra s’approche du sujet filmé. Au fur et à mesure du rapprochement, le champ de vision, tout se qu’il y a autour du sujet, se réduit. Le travelling avant permet aussi de suivre un personnage, d’en adopter le point de vue.

Le travelling avant est souvent utilisé pour conclure une scène, suivi par un travelling arrière en ouvrant une autre. Ils symbolisent alors la sortie de la séquence ou du lieu dans lequel elle se déroule.

Le travelling avant peut aussi avoir une valeur dramaturgique forte. En avançant, la caméra va par exemple révéler au spectateur un objet qui passait inaperçu dans la vue d’ensemble. Le fait de montrer cet objet donne de l’importance et des informations au spectateur. Si la caméra se rapproche d’un personnage pour finir en gros plan,  ses émotions seront révélées progressivement, créant une certaine tension.

L’enchaînement travelling avant/arrière créé quand à lui un effet de comparaison. Si le même objet est utilisé pour les deux séquences qui se suivent, le spectateur le remarquera et fera automatiquement un rapprochement, une opposition, entre les personnages et/ou les environnements des deux séquences.

Les travelling avant sont généralement faits dans un axe vertical, par exemple à hauteur d’homme lorsque la caméra suit un personnage. Il est toutefois tout à fait possible d’effectuer un travelling avant en plongée ou contre plongée. Le résultat obtenu sera assez atypique. Cette technique est assez judicieuse pour donner de l’envergure à l’environnement, avant de s’intéresser progressivement au cœur de l’action.

 

LE TRAVELLING ARRIÈRE

Le travelling arrière repose globalement sur le même principe que le travelling avant sauf que le mouvement s’effectue dans le sens opposé. Ici, la caméra recule, s’éloigne du sujet filmé. L’effet est donc contraire au travelling avant : Le champ de vision va s’élargir au fur et à mesure du plan pour révéler de nouvelles informations au spectateur.

Le travelling arrière peut être très utile pour montrer les émotions d’un personnage qui se déplace. Plutôt que de le suivre de dos, le travelling arrière va permettre de le voir avancer vers la caméra, et ainsi dévoiler toutes ses expressions.

Le travelling arrière ne sert pas qu’à révéler de nouvelles informations au spectateur. La caméra, en s’éloignant du sujet, va créer une certaine distance entre le spectateur et celui-ci.

 

LE TRAVELLING CIRCULAIRE

Appelé également travelling à 360°, le travelling circulaire consiste en un mouvement de caméra autour de l’action. Il a souvent une valeur dramaturgique très puissante. Il peut renforcer l’idée de mouvement, le dynamisme d’une scène, bien sur, mais peut tout aussi bien indiquer la folie, le changement chez un personnage.

Le déplacement de la caméra lors d’un travelling circulaire peut être aussi bien lent que rapide, en fonction de l’idée, du message, que le réalisateur veut faire passer.

 

LE TRAVELLING COMPENSE

Le travelling compensé est l’un des nombreuses trouvailles que l’on doit au cinéaste Alfred Hitchcock. Il s’agit d’effectuer en même temps un travelling avant avec un zoom arrière ou inversement. L’effet obtenu donne le sentiment de perdre l’équilibre ou d’être sous l’emprise de drogues. Hitchcock l’a utilisé pour son film Vertigo, dans lequel son personnage principal est régulièrement pris de vertiges.

Cette technique a pour effet de mettre le spectateur dans la tête du personnage, le faire ressentir ce qu’il ressent.

Découvrez dans cette vidéo de LovinpixTV les bases des mouvements de caméra ainsi que leurs fonctions :

Pour aller plus loin, Le magazine de cinéma Blow Up d’Arte a consacré un excellent numéro sur les mouvements de caméra, à découvrir ici :